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Le monopole sur les médias globaux, une violation du droit à l'information des Africains.

Communication du Ministre Lambert Mende Omalanga, chef de la délégation de la République Démocratique du Congo au Sommet Mondial des Médias de Moscou. (IId Wordl Media Summit - Itar Tass)



Le monopole sur les médias globaux, une violation du droit à l'information des Africains.
Le but de cette contribution est d'attirer l'attention sur les conséquences néfastes du nombrilisme des opérateurs des médias dits globaux qui, à partir de l'hémisphère Nord de la planète, s'installent dans le rôle confortable d'architectes d'une vision uniformisée du monde.
Dans mon pays la République Démocratique du Congo (Congo-Kinshasa), on vit mal la suffisance, les contradictions et les amnésies écœurantes du regard que ces médias globaux du Nord jettent sur nos pays, lorsqu'ils condescendent à le faire. Notre malaise est d'autant plus profond qu'au lieu de véhiculer les faits et les idées, ils ont, à force de persévérance, fini par acquérir dans la plupart de nos pays un statut usurpé de faiseurs d'opinions.
Les relations par une certaine presse internationale de la situation politique et sécuritaire au Congo-Kinshasa au cours de ces dernières années illustre assez correctement le problème soulève hier dans son allocution d'ouverture de nos travaux par notre hôte, M. Vitaly Ignatenko, Directeur General d'Itar-Tass, de l'inégalité dont souffrent certains pays et même certaines régions dans le traitement de l'information. Un grand patron de presse européen me révélait, il y a peu, que sur une compilation de 80 articles consacrés à la RD Congo dans la « grande presse » l'année dernière, pas un seul ne présentait quoi que ce soit de positif sur notre pays. « Vos gouvernements ne communiquent pas suffisamment », avait-il suggéré, comme pour dire que beaucoup plus de nos maigres ressources devraient être affectées à un lobbying auprès de ces médias. Pour les rendre plus conciliants à l'égard de nos points de vue. Il me semble qu'il ait néanmoins négligé une donnée plus substantielle de ce pessimisme de commande. À savoir ; le déficit de professionnalisme d'un grand nombre de chroniqueurs africains qui se limitent, par intérêt ou conformisme, à relayer cette vision négative confinant l'Afrique au rôle de pions d'une histoire immédiate, pensée par et pour d'autres. Pas étonnant dans ces conditions que le sensationnalisme et le misérabilisme deviennent les seuls prismes de lecture de nos réalités. À cet égard, nous sommes d'accord avec Monsieur le Président de la Fédération de Russie, S.E. Vladimir Poutine, lorsque dans son message d'hier a notre Sommet, il met l'accent sur l'indispensable nécessité de faire évoluer les normes éthiques à suivre par la communauté des médias et de promouvoir un dialogue équitable et constructif entre les pouvoirs publics, les milieux d'affaires et les Organisations non gouvernementales.
 
Il n'est pas exagéré d'affirmer que c'est également le sort peu enviable de bien d'autres pays de notre continent. Discrédités et dévalorisés à longueur de journées par des médias au service d'une vision manichéenne du monde, l'Afrique et les Africains exigent un traitement plus objectif et interactif de l'information les concernant, comme le revendique mon collègue éthiopien que nous avons entendu en plénière hier.
On a l'impression, à cet égard, que lorsqu'ils se décident de faire une (petite) place à l'Afrique dans leurs prestations, les opérateurs des médias globaux s'écoutent plus qu'ils n'écoutent ce continent. En effet, à travers leurs relations tronquées de nos réalités, ils renvoient souvent l'image que reflète leur propre miroir.
L'Afrique a, certes, constitué pendant longtemps le symbole visible de la fracture sociale universelle du fait de la malnutrition, la pauvreté, l'illettrisme, la situation sanitaire désastreuse, l'habitat précaire qui y étaient des réalités quotidiennes. Pareille situation avait facilité la soumission du continent noir aux influences des pays riches du Nord, qui intervenaient pour limiter les dégâts. Face aux défis, notamment, des interminables « guerres de plus ou moins faible intensité » qui ont traversé nos sociétés, d'aucuns en sont venus à considérer leurs interventions, dites d'urgence humanitaire, comme un véritable projet de société qui revendique sa légitimité parmi d'autres réponses autochtones à nos crises. Une véritable négation du principe d'autodétermination des peuples. Pour paraphraser le Professeur congolais On'Okundji, « en intervenant dans un champ de ruines, les étrangers (Occidentaux) fonctionnent comme une ethnie ou un parti de plus au cœur du conflit ».
En insistant de plus en plus lourdement sur l'impossible décollage de nos pays sans les perfusions « humanitaires » extérieures, les médias globaux consolident la mise en scène du schéma de fatalité du sous-développement dont une des conséquences est de cristalliser nos peuples du Sud dans une posture d'impuissance quasi assumée. Reléguant les fléaux de la traite esclavagiste et de l'exploitation coloniale et néocoloniale de nos pays, qui ont entamé les capacités de l'Afrique, au rang de « détails » sans importance dans l'étiologie des retards enregistrés par le continent, ces médias participent à la mise sous coupe réglée de nos pays. Dans le même temps, les médias africains, victimes de la paupérisation structurelle de leurs communautés respectives, peinent à faire connaître au reste du monde la vision de ces dernières sur leur propre devenir et la conduite des affaires du monde.
 
Le Sommet Mondial des Médias de Moscou justifiera son utilité s'il permet d'en finir avec les criantes iniquités qui s'observent dans le secteur de la communication des masses. Le père de l'indépendance du Congo¬Kinshasa, Patrice Lumumba avait projeté en 1960 un autre type de relations entre pays du Nord et du Sud. Il n'avait certainement pas imaginé cette subtile manœuvre de remise au pas qui nous a, dans un premier temps, aligné derrière un bloc idéologique dominateur avant d'imposer par la suite une sorte de formatage de notre univers mental dans le moule d'une pensée unique, qui a la prétention de régir toute la planète. Force est de constater que les médias dits globaux sont en première ligne dans cette offensive.
Ce Sommet Mondial des Médias est une opportunité pour nous de faire bouger les lignes, en organisant la récupération du droit à la parole des peuples anciennement colonisés, dont on aurait tort de croire qu'il n'est menacé que par les pratiques internes, décriées à raison, de mauvaise gouvernance ; des pratiques contre lesquelles existent déjà des réponses locales dont l'efficacité a été maintes fois prouvées au cours de ces dernières années.
De la même manière que le pouvoir colonial avait instrumentalisé des technostructures, notamment religieuses, pour étouffer les revendications émancipatrices de nos peuples, les maîtres autoproclamés du monde d'aujourd'hui ont assis leurs stratégies de dominance sur une synergie avec la grande presse internationale et ses relais dans nos pays. Plus que toute autre partie de la planète, le continent africain est ainsi devenu une périphérie occupée par des populations réduites au statut de réceptacle d'informations et d'idées déversées à sens unique à partir d'un centre situé au Nord.
La République Démocratique du Congo engage par ma voix les participants à ce Sommet à mettre à jour les voies et moyens de rétablir les peuples du Sud dans leur droit fondamental de faiseurs de leur propre histoire. Pour atteindre ce noble objectif, il convient de mettre en place dès maintenant des mécanismes et des méthodologies susceptibles de permettre à la voix des Africains de se faire entendre avec la même intensité que d'autres, aussi bien à l'intérieur de leurs frontières nationales qu'aux quatre coins de notre vaste monde.
 
Lambert Mende Omalanga
Ministre des Médias
Chargé des Relations avec le Parlement
et de l'Initiation à la Nouvelle Citoyenneté du Congo-Kinshasa
Moscou, le 5 juillet 2012.
 

Jeudi 2 Août 2012

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